Isabelle Bruges, de Christian Bobin

Publié le par La Liseuse





« Tu dis n’importe quoi, c’est tellement agréable, d’ailleurs n’importe quoi, ce n’est jamais n’importe quoi : tu es là, tu passes d’une chambre à l’autre, tu parles toute seule, et voilà ce que tu entends quand tu parles toute seule, de la chambre rouge à la chambre jaune, dans le passage : hier j’étais heureuse. Aujourd’hui je suis amoureuse, et ce n’est pas pareil. Et c’est même tout le contraire. »

 

Ecrire n’est pas une simple affaire. C’est une histoire de vérité. Coup de cœur de ma bibliothèque depuis une dizaine d’années, Isabelle Bruges a accompagné mon adolescence et s’est fait une place confortable sur ma table de chevet. L’ambiance s’installe immédiatement ; la syntaxe bouleversante de Bobin, sans règles, sans ligne droite. Des émotions tranchantes. La peur de ne plus être.

 

Isabelle n’a que treize ans quand ses parents l’abandonnent avec son frère et sa sœur, alors qu’ils se rendaient à Bruges. Impossible d’assumer des enfants quand la mort rôde. Une lettre, aussitôt déchirée par Isabelle, accompagne la trahison. Délaissés par ces adultes qu’ils aimaient, les trois écorchés sont recueillis pour une nuit par une vieille dame, Eglantine. Eglantine a les ailes larges et une maison vide avec trois chambres unicolores. Ils s’y installeront définitivement et Isabelle prendra le nom de cette ville indésirable, Bruges. Une nouvelle famille, peut-être plus douce et plus entière, remplacera celle dont la lâcheté a permis à cette histoire d’amour d’être. Et puis, il y a le fils d’Eglantine, Jacques, marin de passage... 

 

« C'est toujours comme ça les débuts de l'amour, c'est même à ça qu'on reconnaît l'amour nouveau-né: à l'injustice qui l'accompagne, l'oubli soudain du monde entier. Une injustice tranquille, une cruauté sereine qui va si bien avec l'amour, dès ses débuts. »

Le destin est un rien tragique et pourtant superbe. Isabelle souffre, s’attache, aime. Elle grandit avec un arbre qui n’est, comme elle, qu’un nom.

 

 

Christian Bobin sait donner naissance à des images fortes. A fermer les yeux, on s’en fendrait les paupières de réalisme. Chacun de ses livres est une leçon de vie. Ici, on apprend à sourire dans le malheur et à espérer quand tout est sombre. Dans un quotidien où la poésie n’est plus, Bobin impose la finesse de sa plume. Il est de ces écrivains qui donnent envie. De croire que tout est possible. Il a un style épuré et pourtant si plein.

 

 Alors, d'Isabelle Bruges, il crée une lumière. Et il est beau, le rayon de soleil d’Isabelle Bruges.




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