J'ai lu un livre qui m'a fait mal

Publié le par La Liseuse

 


 

C'est rare.

Marie Sissi Labrèche, dans Borderline, m'a blessée. Véritable challenge de mes lectures.

C'est une amie qui me l'a ramené de la Belle Province. "Le coup de cœur de l'année, jeune auteur prolifique, écriture superbe". Sauf que les années Prozac, très peu pour moi!  

Borderline m'a rappelé mon rejet culturel québécois, les années passées à me battre pour une place qui finalement, ne m'intéressait pas. La brèche est plus dans mon cœur que dans son nom. Impossible d'en faire une critique réellement objective, dénuée d'émotions et d'horreur.

C'est un livre coup de poing, une autofiction agressive, vulgaire et tranchante. Elle a de biens jolies expressions parfois, qui sauvent l’honneur:

 

"C'est à cause de ma peau qui est à l'envers. C'est à cause de mes nerfs qui sont à fleur de peau. Tout le monde peut voir à l'intérieur de moi, j'ai l'impression. Je suis transparente.  D'ailleurs, tellement transparente qu'il faut que je crie pour qu'on me voie"

 

Dommage que pour être vue, notre protagoniste ait besoin de se masturber, ivre, au milieu de sa fête d'anniversaire.

Labrèche se répète trop, elle sacre (juron québécois), elle tartine de vulgarité son écriture qui se montre froide et cinglante. Une littérature très petite. Il est possible d'aimer Borderline, bien sûr. Si l'on sort de la conscience collective pornographique et que l'on s'identifie aux personnages sans amour. Heureusement, l'autofiction nous épargne ce cliché.

Car c'est bien l'horreur que j'ai invoquée. Celle d'une enfant dont la mère folle se suicide théâtralement, toutes deux écrasées tour à tour par le joug manipulateur de la grand-mère. Une fille devenue femme, Sissi, pleine de bobos, de grandes cicatrices. Et pas "toute juste". Labrèche flotte entre carences parentales et honte de la nouvelle condition féminine. Du coup, Sissi se révolte et écarte les cuisses (très) facilement et nous perd dans ses mémoires aléatoires. Baiser, c’est être aimée. Triste vision d’une jeunesse florissante.

 

Borderline, ça signifie être familier avec les fissures. C’est être au bord d’un gouffre, ne plus regarder au-delà, mais vers le sol. Comme l’a fait cet auteur. Viser très bas pour, peut-être, éclairer son écriture. Echec total.



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